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Défi 11 : Les “modèles ouverts” au service de la transformation écologique

Produit éditorial
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Les modèles ouverts ou open, par leurs valeurs et leurs schémas d'organisation, sont prometteurs pour l'avenir de la transition écologique

Défi 11 : Les “modèles ouverts” au service de la transformation écologique

Lancée début 2017, la démarche collective "Agenda pour le Futur" de Transitions² rassemble les actions à engager et les messages communs à adresser pour mettre le numérique au service de la transition écologique. Ces actions sont rassemblées en une vingtaine de défis. Découvrez les tous ici.

 

1- Opportunités et tensions : à quels enjeux numérique et écologie doivent répondre ensemble ?

 

Qu’entend-on par “Modèles ouverts” ?

 

Dans le cahier d’enjeux “Questions Numériques : Transitions” (2015), la Fing désigne “l’ouverture” comme l’un des 7 grands leviers numériques de transformation systémique. L’ “open” désigne cependant des choses très différentes :

  • Des attributs correspondant à des valeurs généralement considérées comme positives : transparence, démocratisation de l’accès à des ressources, décentralisation, participation et collaboration, diversité et mobilité des acteurs, des propositions, des points de vue…

  • Des modèles organisationnels, techniques, économiques qui “s’ouvrent” de manière plus ou moins large à des niveaux qui peuvent être très différents : la connaissance, la conception, l’utilisation de certaines ressources, la collaboration dans la création ou la production, la gouvernance, etc.

 

L’ouverture de l’open source, l’open hardware ou l’open science, ou encore l’idée de “communs”, est assez différente de celle que décrit l’open innovation telle que la mettent en pratique, par exemple, Apple avec les apps ou Amazon avec ses API “ouvertes”. Cependant, ces diverses formes d’ouvertures présentent certaines caractéristiques communes : l’idée de permettre à un grand nombre d’acteurs d’explorer de manière systématique différents chemins pour répondre à un problème, différents usages d’une même ressource ; l’appréhension des parties prenantes comme un “écosystème” d’acteurs complémentaires ; la nécessité de créer des dispositifs de confiance où les termes de la contribution de chacun à la création de valeur (économique ou sociale) sont clairs...


 

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Schéma :  les leviers de l’ “Open” / “Questions Numériques : Transitions”, cahier d’enjeux, 2015 - La Fing, CC


 

Les modèles ouverts sont-ils utile à la transition écologique ?

Il existe a priori une proximité entre l’écologie et la logique open. Les deux sont attachées à des formes de collaboration qui ne reposent pas exclusivement sur l’échange marchand. Les deux utilisent volontiers l’expression “écosystème”, sans bien sûr lui donner le même sens, mais en reconnaissant dans les deux cas l’importance des interdépendances entre parties prenantes. Les valeurs de l’ouverture décrites plus haut sont assez proches de celles des “Objectifs du développement durable” de l’ONU.
 

Mais dans les faits, il n'y a pas d'utilité a priori des modèles ouverts (et de ceux qui les portent) pour l'environnement puisque cette question n'est (presque) jamais une priorité des projets ouverts. Ainsi, certaines communautés open source sont plutôt mues par leur passion de la technologie que par une attention particulière aux effets ou aux usages des techniques concernées : les groupes qui travaillent sur des automobiles open source réunissent plutôt des amateurs de bagnoles « tunées » que des militants écologistes !

 

Ce lien a donc besoin d’être travaillé. Sous cette condition, l’ouverture peut s’avérer un levier puissant pour la transformation écologique, comme le démontrent les exemples qui suivent.

 

Des modèles ouverts au service de l’environnement

 

De nombreuses initiatives combinent certains principes de l’open avec des intentions environnementales plus ou moins affirmées :

  • Ouverture et coproduction de l’information : réseau des botanistes Telabotanica qui collecte et partage de l’information sur la biodiversité, projet Open Solar Map où les contributeurs qualifient l'exposition des toits des bâtiments le potentiel de panneaux solaires, partage d’informations et de savoir-faires en matière de permaculture...

  • Innovation collaborative, à l’instar de Precious Plastic, qui propose des machines Open Source et un écosystème alentour pour recycler facilement n'importe quel plastique, du drone nautique Protei, autonome et open source, capable d’opérer, sans intervention humaine, sur les trois principales pollutions d’origine humaine : le pétrole, les plastiques et la radioactivité, ou encore d’Open Source Ecology qui vise à produire les “40 machines permettant de rendre un village auto-suffisant”.

  • Partage et mutualisation de ressources, à commencer par l’énergie dans des projets tels que l’Open Energy Exchange ; l’accès à des outils et des savoir-faire dans les repair cafés ; ou bien sûr, la mutualisation de ressources matérielles (lieux, objets, machines, infrastructures…), comme le proposent beaucoup de plate-formes de l’économie collaboratives - même si l’objectif écologique peut souvent entrer en concurrence avec le modèle de croissance des organisations qui les portent.

  • Ouverture des modèles économiques : le choix de licences “libres” sur certaines innovations à vocation écologique en permet la reproduction large à l’échelle planétaire, indépendamment de la croissance de l’entreprise qui les aura créées.

  • Production et assemblage décentralisé(e) : la décentralisation des chaînes de production peuvent contribuer à alléger la logistique puisque ce sont les clients utilisateurs qui fabriquent, assemblent ou réparent près de chez eux les produits dont ils ont besoin  (Véhicules Open source comme Tabby, téléphone modulaire Fairphone,...) - même si l'incertitude demeure de savoir si les gains environnementaux ne seront pas redépensés ailleurs (effet rebond)


 

2- L’Agenda de Transitions² pour des modèles ouverts et durables

 

Ils font avancer ce défi dans leur propre agenda et ont manifesté l’envie d’aller plus loin

 

  • Le Think Tank Without Model sur les modèles ouverts, à l’initiative de l’ouvrage “Open Models for Sustainability” et de travaux sur les “Social Business Models

  • Les travaux de OuiShare sur l’économie collaborative (et sa critique !)

  • Le projet POC21 (2015) porté par Ouishare et Open State Berlin

  • Le centre ressource de ZeroWaste France

  • Le mouvement Open Source Ecology (OSE) né aux États-Unis en 2003 et son initiative Global Village Construction Set qui vise à “fabriquer les 50 machines industrielles nécessaires à la création d'une petite civilisation durable, moderne et confortable”

  • Le projet Open Agriculture Initiative du MIT (“create healthier, more engaging, and more inventive future food systems”)

  • Les travaux de la P2P Foundation sur les règles qui régissent les “Communs”

  • Les initiatives d’”Open Data” au service de l’environnement (cf Défi n°5 du présent document) et l’appel à data de Transitions² : libérons le potentiel des données pour la transition écologique

  • L’Open Energy Modelling Initiative , réseau d’initiatives pour construire des modèles ouverts sur l’énergie

  • L’invitation de Transitions² à “ouvrir le jeu d’acteurs pour relier numérique et écologie dans les stratégies territoriales” (Kit “Agir Local”)

  • Open Food France, plateforme open source “au service de ceux qui produisent, transportent, vendent, achètent, des aliments respectueux de la terre et de ceux qui l'habitent”

  • Les Conferences Open Source Circular Economy Days (OSCE Days), “a global open project and community about the development and use of open source solutions and methodologies to create a shift to a global sustainable circular economy”

 

Quelques éléments pour une feuille de route

 

La complémentarité entre écologie et modèles ouverts (principalement) issus du numérique est potentiellement claire : les modèles ouverts sont susceptibles de permettre à des projets à visée écologique de passer à la grande échelle, sans nécessairement abandonner leurs principes et valeurs. À l’inverse, l’écologie peut ajouter une finalité, un sens à des modèles dont le fonctionnement est vertueux, mais les productions, pas toujours.

 

La communauté Transitions² pourrait ainsi travailler dans deux directions :

 

1- Le passage à l’échelle : tirer parti de l’expérience des modèles ouverts pour permettre à des projets écologiques de grandir, se répliquer, se relier, se pérenniser…

Comment faciliter la réplication d’expériences réussies et leur adaptation aux réalités de chaque terrain ? Comment permettre à une innovation verte de se diffuser massivement, sans forcément transformer l’innovateur en startupper ou nécessiter un capital important ? Comment mettre en commun des connaissances utiles à l’action ? Comment coordonner des actions décentralisées à très grande échelle, pérennes dans le temps ?...

Le cahier d’enjeu prospectif “Think Small” de la Fing présente ainsi un ensemble de modalités de croissance qui se distinguent de la trajectoire canonique de croissance d’une organisation unique, qui se fait généralement au détriment de l’intention initiale : réseaux et coopérations ; mobilisation (sans exploitation) de la “multitude” ; réplication ; mutualisation ; modularité et “innovation ouverte”...

Les modèles économiques ouverts sont nombreux ; le think tank Open Models les explore depuis des années. Plusieurs d’entre eux peuvent servir d’inspiration aux acteurs de la transformation écologique.

 

2- De l’intention dans l’ouverture : enrichir les modèles ouverts par des modalités de prise en compte et de gestion des impacts

Tant qu'il n'y a pas une intention explicite d'impact positif sur l'environnement et que cette intention n'est pas une priorité de l'organisation, les modèles ouverts n'ont pas d'impact positif sur l'environnement. Le référentiel “Innovation Facteur 4” réalisé par Transitions² peut fournir une base légère et totalement adaptable pour asseoir la volonté écologique de projets ouverts.

En outre, l’expérience des acteurs de l’écologie en matière de gouvernance multi-partenaires pourrait être d’un apport considérable pour des projets ouverts qui, trop souvent, focalisent leur gouvernance sur leurs seuls participants actifs : comment intégrer les autres “parties prenantes” dans le projet ?

 

 

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