• Anglais
  • Français

Défi 4 : La mesure contributive de la qualité de l'air au service de la santé

Produit éditorial
  • fr
  • Télécharger en PDF

Des actions communes à engager aussi vastes que la constitution d'une culture de la donnée, l'identification de tiers de confiance, ...

Défi 4 : La mesure contributive de la qualité de l'air au service de la santé

Lancée début 2017, la démarche collective "Agenda pour le Futur" de Transitions² rassemble les actions à engager et les messages communs à adresser pour mettre le numérique au service de la transition écologique. Ces actions sont rassemblées en une vingtaine de défis. Découvrez les tous ici.

 

1- Opportunités et tensions : à quels enjeux numérique et écologie doivent répondre ensemble ?

 

Le défi : tirer parti des nouvelles potentialités de mesure pour enrichir la prise de décision et accompagner les démarches citoyennes

Le numérique a depuis longtemps contribué à outiller la mesure de la qualité de l'air des acteurs dont c’est historiquement la mission, en premier lieu les ASQAA (Association de Surveillance de la Qualité de l'Air) : capteurs plus précis et plus performants, tableaux de bord en temps réel, échanges d'information, modélisation…

Mais il n'a pas aujourd'hui produit des résultats décisifs : 21 milliards de dollars sont consacrés aux soins de santé liés à la pollution de l‘air selon l'OCDE, des Etats comme la France ou l'Allemagne assignés devant la cours de justice européenne pour non conformité aux normes européennes dans de nombreuses villes…. D’autre part, il pas non plus contribué à véritablement transformer le paysage de la mesure et de la prise de décision, qui reste en majorité le domaine d'un petit nombre d'acteurs "historiques" : ASQAA, aménageurs, élus…

 

Des propositions neuves, qui relient santé et qualité de l’air et appuyés sur le numérique, invitent pourtant à une collaboration accrue entre citoyens, acteurs publics, innovateurs, chercheurs, professionnels... dans au moins deux directions :

 

  • La première relève d’une meilleure appréhension compréhension du lien entre pollution et ses effets sur la santé en s’appuyant notamment sur la profusion de données, et de nouvelles nouvelles formes d’action qui peuvent s’appuyer dessus ;

  • La deuxième relève de la sensibilisation, et parfois l'implication plus importante, des citoyens : le rôle du citoyen est trop faiblement reconnu alors même que son implication est un facteur clef pour dépasser les efforts plus classiques de déploiement de contenus éducatifs (guides méthodologiques, outils de communication ou de participation, etc.). D’autre part, des études comme celle de l’ADEME ont montré que changements de comportements relèvent avant tout de pratiques collectives (familiales, associatives, à l’échelle d’un quartier...) que le numérique peut favoriser  

 

Le numérique apporte de vrais changements dans ce contexte : une diversité d'acteurs sont aujourd’hui capable de produire et diffuser des données sur la pollution de l'air. Cela peut contribuer à rebattre les cartes des débats. Les pouvoirs publics ne peuvent pas ignorer cette évolution, comme le relèvent les travaux de l’expédition Audacities conduite par la Fing et L’Iddri en 2017, “dans ce contexte nouveau de profusion de données, l’enjeu est d’orchestrer la diversité des sources au service de la diversité des besoins, en raisonnant en terme de finalités (ex : services spécifiques de données géographiques ou de mesure de la pollution pour une entreprise privée, différents niveaux de précision de la carte ou de la mesure, sensibilisation du grand public, …) mais également de donner un sens à cet ensemble hétérogène de données (interopérabilité de données géographiques, explication des mesures de pollution)”.

 

 

Ce qui se propose aujourd’hui pour élargir le potentiel d’innovation et les jeux d’acteurs  

 

De nombreuses initiatives appuyées sur le numérique proposent des voies différentes ou invitent à de nouvelles formes d’alliance, sans que celles-ci ne fassent encore “système” :

  • Des start up comme Plume Labs ou Ambiciti proposent directement à l'usager des dispositifs de mesure et de suivi de la pollution de l'air, pour réduire sa propre exposition.

  • Des initiatives collectives de mesure distribuée de la qualité de l'air : des initiatives citoyennes  comme Citoyens capteurs ou AirCitizen, certaines appuyées sur des politiques publiques (Ambassad'Air à Rennes, La Péniche à Grenoble, Air Challenge initiée par le Conseil Départemental de Seine-Saint-Denis). L'idée est d'équiper des citoyens volontaires en capteurs, parfois fabriqués par les volontaires eux-mêmes, pour mesurer la qualité de l'air en ville. L'enjeu est double : multiplier les points de collecte (et, sur le papier en tout cas, compléter les mesures produites par les ASQAA) et produire du changement de comportement (“en mesurant moi-même dans mon quartier, je vais me sentir plus engagé et prêt à agir”). Le magazine Wired qualifie cette nouvelle génération d’objets connectés « d’enviro-trackers » ou « traceurs d’environnement ».

  • Des plateformes ouvertes, souvent sous forme de "Communs"(Open Street Map) appuient ces pratiques décentralisées et contributives.

  • Des initiatives portées par des acteurs historiques comme certaines ASQAA qui complètent leurs mesures via des micro-capteurs. AirPACA utilise ainsi les données de microcapteurs pour compléter la surveillance générale et générer une meilleur prise en compte de l'air dans des projets communaux.

  • Des réseaux de Villes et des initiatives publiques en réseau sur ces questions (comme le Réseau OMS des Villes Santé) qui cherchent à mettre en place des infrastructures communes de partage d’informations ou de données voire de label (Air’volution).

  • Campagne Breathe Life.

 

 

L’enjeu : articuler des initiatives et des jeux d’acteurs trop dispersés

 

L'irruption de nouveaux "entrants" modifie les jeux d'acteurs – sans pour autant aujourd'hui les bouleverser.

“La mesure distribuée et citoyenne reste pour l’instant parallèle aux dispositifs de mesure ou de production de données “historiques” et les recoupe peu pour différentes raisons : des finalités différentes (qualité, couverture de l’ensemble d’un territoire d'un côté, objectif d’appropriation ou de sensibilisation et mesure individualisée de l'autre), techniques (la multiplicité des capteurs et des mesures posent question aux acteurs historiques : comment prendre en compte, voire intégrer les données émanant de la contribution ?) ou culturelles (experts versus amateurs, même si les acteurs historiques sont de plus en plus ouverts à des collaborations). On note des prémices de redéploiement d’acteurs historiques - encore à ses balbutiements - qui souhaitent passer à un rôle de “plateforme” : en plus de leur rôle actuel (émetteurs de données de référence), ils pourraient évoluer vers un rôle de vigie, d’expert, voire d’assembleur”, relève Audacities.

 

Prise comme un “objet pivot”, la “data” peut s’avérer un outil pour décloisonner des actions publiques (santé, sport, environnement, etc.) et un sujet de discussion qui peut impliquer les citoyens, notamment dans le cadre de pratiques collectives.

L’enjeu reste d’allier les questions techniques (la mesure en tant que telle) et de compréhension des enjeux (la culture de la qualité de l’air et de la politique publique).


 

 

2- L’Agenda de Transitions² sur la qualité de l’air et la santé


 

Ils travaillent déjà à relever ce défi au sein de la communauté Transitions²

 

  • Le Réseau OMS des Villes Santé a initié un rapprochement entre innovateurs et territoires engagés dans la pollution de l’air, dont l’accélérateur Respire ta Ville en 2015 organisé la Fing.

  • Le projet de plateforme GUAPO (Global Urban Air Pollution Observatory) annoncé en 2016, porté par de grandes métropoles avec le soutien de l’OMS et qui vise  “la mise en place d’un réseau multilatéral de coopération entre les villes mondiales sur la pollution de l’air et son impact sur la santé, ainsi que le partage des solutions visant à améliorer la qualité de l’air”.

  • La Chaire de Recherche Transition2 de l'Université de Cergy Pontoise, dont les travaux sont centrés sur le lien entre les pratiques éducatives et la qualité de l'air.

  • Des ASQAA pro-actives sur une meilleure utilisation des données qu’elles produisent et l’ouverture du jeu d’acteurs : l’AirLab d’AirParif qui souhaite faciliter les expérimentations et développer des solutions pour l’Ile de France (mais également à l’export) en partageant ses données, Air PACA qui expérimente l’usage de micro-capteurs enrichir la dimension durable de la vision “Smart City”.

  • Les démarches de mesure contributive de la qualité de l’air qui cherchent à mutualiser la documentation de leurs démarches : capteurs, animations avec les individus engagés, partenariats, lien avec les problématiques urbaines, résultats….

  • Un Mapping cartographique des projets de mesure de la qualité de l'air complété d’un travail de recensement de projets réalisé par la Fing et le réseau français des Villes-Santé de l'OMS

 

 

Quelles actions collectives la communauté Transitions² a t-elle envie de pousser plus loin ?

 

Un Agenda du numérique au service de la mesure de la qualité de l'air devrait d’abord s’appuyer sur un “socle” destiné à créer de la culture commune (à la fois sur les enjeux de la qualité de l’air et les dimensions plus techniques liés aux capteurs et à la mesure).


En effet, la mesure distribuée produit d'abord de la culture à la fois sur la compréhension des enjeux de la qualité de l'air et sur le numérique lui-même. Il y a donc d’abord un besoin de connaissances formalisées destiné à enrichir la culture des citoyens, acteurs publics, des professionnels du bâtiment, urbanistes… : organiser la mise en réseau, la structuration des communautés (par exemple autour de la documentation des projets engagés, dans leurs réussites et leurs échecs) ;

Un travail pourrait être engagé sur l’identification des tiers de confiance sur les données, notamment sur l’épineuse question des données à caractère personnelle collectées pendant les phases de mesure, souvent sans intention explicite de le faire !  

 

Des actions collectives à engager :

  • Un exercice collectif de description d"Une politique publique sur la Qualité de l'air appuyée sur le numérique", qui rendrait compréhensible les enjeux tout en décrivant les process.

  • Un MOOC sur la contribution du numérique à la mesure de la qualité de l’air, appelé de ses voeux par la chaire Chaire de Recherche Transition2 et l’ADEME, qui pourrait être publié dans le cadre de France Université Numérique.
    Les cibles : les citoyens, les collectivités ("j'ai un lycée à rénover"), les urbanistes, l'Etat, par le biais des enseignants, les animateurs de clusters directement en lien avec les professionnels du bâtiment….

  • Le projet “Self Data Territorial”, qui sera lancé par la Fing fin 2018 et vise à explorer le contexte du “Self Data” à l’échelle des territoires - par exemple via des scénarios de contributions de données personnelles citoyennes anonymisées pour aider l’acteur public à enrichir la connaissance de son territoire et les leviers d’action à mettre en oeuvre.

  • Coordonner les initiatives de documentation, en lien avec la Plate-forme GUAPO (réseau des villes mondiales qui veulent mutualiser leurs savoirs)

  • Multiplier les défis (à l’instar du “Défi Canicule” proposé par Ambassad’air et la ville de Rennes) pour faire émerger des solutions innovantes ou des mobilisations plus massives, par exemple dans des situations d’urgence

  • Un travail explicite sur la gouvernance des innovations dans le domaines de la qualité de l’air, pour mieux articuler les initiatives au service d’une intention définie et partagée

 

Ressources :


Veuillez vous connecter pour contribuer.
Si vous n'avez pas encore de compte, c'est très rapide ! Créer mon compte de contributeur Transitions²