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Défi 1 : un numérique "écologique by design"

Produit éditorial
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Mobiliser les nombreux acteurs déjà positionnés sur l'écology by design vers des projets collaboratifs et des actions communes

Défi 1 : un numérique "écologique by design"

Lancée début 2017, la démarche collective "Agenda pour le Futur" de Transitions² rassemble les actions à engager et les messages communs à adresser pour mettre le numérique au service de la transition écologique. Ces actions sont rassemblées en une vingtaine de défis. Découvrez les tous ici.

 

1- Le défi : réduire les impacts environnementaux du numérique

 

« L'IT for green n'est pas une excuse pour délaisser l'enjeu du Green IT. » Cette formule issue du Livre Blanc “Numérique et environnement” (2018) résume à elle seule le paradoxe que pose le numérique aux enjeux écologiques.

D'un côté, la question de l'empreinte écologique du numérique et de l'informatique : extraction et transformation de matières premières (la phase de production d'un smartphone a un bilan environnemental bien plus lourd que sa phase d'utilisation), consommation d’énergie, production de déchets (entre 30 et 60 % de nos déchets électroniques sont exportés illégalement à l’étranger, principalement au Ghana, en Chine, en Inde et au Niger et présentent un taux de recyclage très faible), dégâts humanitaires (la "guerre du Coltan" au Congo  et plus généralement les « minerais des conflits »). Et cela, tout au long du cycle de vie des terminaux, infrastructures réseaux, data centers...

D’un autre côté, de nombreuses promesses où le numérique est mis au service de modèles "plus verts", en diminuant l’empreinte même de l'activité de l’organisation (y compris ses actifs et salariés) et des produits et services qu'elle délivre.

La question est donc savoir si le jeu en vaut la chandelle, c'est à dire si les gains supposés du numérique (IT for Green) sont au moins supérieurs à son empreinte (Green IT). De nombreux travaux de recherche, dont ceux du GDR EcoInfo en France, nous montrent que ce n'est pas évident : des chiffres discutables (qui ne tiennent par exemple pas compte des effets rebond), une injonction au "plus" (Big data, blockchain, etc.) et à la miniaturisation (capteurs).

Globalement, le recours à l’analyse de cycle de vie (ACV) – et notamment aux ACV comparatives multicritères - et aux autres outils de quantification des impacts environnementaux n’est pas encore systématique et les acteurs du Green IT comme de l’IT for Green ne maîtrisent que rarement ces outils qui sont les seuls à permettre un bilan objectif.

Cependant, toutes les évaluations – qu’il s’agisse du périmètre restreint d’un produit ou d’un service à celui de l’internet mondial – montrent que le numérique a des impacts environnementaux directs négatifs importants à chaque étape du cycle de vie.

 

Extrait du chapitre 4 du Cahier d’exploration “Ecology by Design”

Pour prendre un exemple concret, chaque consultation d’une page web se solde par l’émission de 2 g de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et la consommation de 3 centilitres d’eau. A l’échelle mondiale, l’internet est un 6e continent qui “pèse” chaque année 1037 TWh d’énergie, 608 millions de tonnes de gaz à effet de serre et 8,7 milliards de m3 d’eau douce. Soit environ 2 fois l’empreinte de la France !

En plus d’être colossaux, les impacts environnementaux du numérique sont multiples : épuisement de ressources naturelles non renouvelables, pollution de l’air, de l’eau et des sols induisant des impacts sanitaires contribuant à la destruction des écosystèmes et de la biodiversité, émissions de gaz à effet de serre contribuant au changement climatique, etc. Et ils se renforcent mutuellement. Il est donc essentiel d’adopter une approche multicritères lorsque l’on étudie ces impacts et de ne surtout pas se limiter à un seul indicateur environnemental.

Ces impacts environnementaux ont lieu à chaque étape du cycle de vie. Mais ils se concentrent surtout lors de la fabrication des équipements et de leur fin de vie. Il est donc essentiel d’allonger la durée de vie active des équipements en favorisant leur réemploi et en repoussant au maximum l’inévitable étape du recyclage.

 

L’enjeu concerne donc à la fois l'industrie du numérique (dont les gammes se renouvellent sans cesse), les entreprises et leurs systèmes d'information qui les utilisent, et les utilisateurs finaux, sur qui repose une partie de la responsabilité et qui font l’objet d’une injonction constante à la nouveauté et à la performance des outils numériques.

 

Ce qui se propose aujourd’hui pour un numérique “Ecologique by Design”

Deux approches coexistent :

  • l’optimisation de l’existant, sans remise en cause du processus ou du modèle ;

  • une approche plus radicale et disruptive qui remet en cause le processus ou le modèle.

     > La première vise à optimiser les processus numériques existants sans les remettre en cause, c’est un effort marginal qui paie à court terme : allongement de la durée de vie des équipements, réduction de la consommation électrique, choix d’une électricité moins impactante, réduction des besoins de refroidissements, etc. Des collectifs de chercheurs (à l’instar du GDS Eco-Info), des ONG (l’appel de GreenPeace à “renouveler l’internet”), des initiatives collectives comme le projet “Lean ICT” du ShiftProject ou les outils développés par le Club Green IT), des recommandations d’acteurs “légitimes” (Le Guide “La Face cachée du numérique”) formulent des recommandations aux acteurs existants : constructeurs, opérateurs, fournisseurs de logiciel, DSI, consommateurs… L’optimisation peut parfois se traduire par un bénéfice nul à l’échelle du système étudié : par exemple, l'injonction aux grands acteurs de l’internet de s’alimenter à 100 % par les énergies renouvelables (proposition issue, entre autres sources, du rapport Greenpeace) pourrait avoir pour conséquence de rendre l’électricité la moins impactante inaccessible aux autres acteurs, sans modifier le bilan énergétique global de l’économie.

     > La seconde, plus radicale, s’intéresse à d’autres façons de répondre aux besoins numériques. Ce sont des démarches radicales aux effets de levier plus importants, mais souvent à plus long terme ou qui nécessitent un investissement initial plus important. Elles interrogent les modèles du numérique tel qu’il est conçu aujourd’hui, ce qui a des impacts sur les jeux d’acteurs avec l’émergence de nouvelles communautés et écosystèmes :

  • Les démarches d’écoconception et de conception responsable de service numérique telle que celle proposée par le Collectif Conception Numérique Responsable qui interrogent le rôle et l’intérêt même du service dès sa conception fonctionnelle pour tendre vers une forme de sobriété / frugalité numérique. Démarches qui, dans leurs formes les plus radicales peuvent objectivement aboutir à une démarche « low-tech » et qui sont complétées dans leurs dimensions sociales par les travaux d’autres communautés : accessibilité numérique, éthique, etc..

  • Les projets de lutte contre l'obsolescence programmée, à l’instar du téléphone modulaire Fairphone qui cherche "moins à vendre des téléphones qu'à agir sur le modèle dominant d'obsolescence" dixit leurs fondateurs ou des opérations menées par HOP // Halte à l’Obsolescence Programmée pour engager les industriels sur d’autres modèles économiques.

  • Des initiatives plus exploratoires, comme le courant de la “Collapse informatics” qui s’intéresse la manière de concevoir aujourd'hui des systèmes numériques qui pourront être utilisés après l'effondrement possible de notre civilisation du fait (en particulier) de la crise écologique.

 

2- L’Agenda de Transitions² pour un numérique “Ecologique by Design”

 

Ils travaillent déjà à relever ce défi au sein de la communauté Transitions²

  • Le Benchmark Numérique Responsable du Club GreenIT et ses partenaires qui propose une méthodologie et des outils partagés par les 12 très grandes entreprises françaises

  • GreenIT.fr avec une méthodologie et un référentiel de bonnes pratiques d’écoconception pour les services numériques.

  • Le collectif Conception Numérique Responsable avec un ensemble d’outils de référence pour aider les concepteurs et réalisateurs à réduire l’empreinte de leurs services numériques.

  • L’étude WeGreenIT du WWF France qui évalue la maturité et l’empreinte environnementale des systèmes d’information de 25 grandes entreprises françaises.

  • Les 7 propositions pour “Réduire l’empreinte écologique du numérique” en page 15 du Livre Blanc “Numérique et environnement”, portée notamment par GreenIT.fr et WWF France

  • Les actions de l’association HOP : halte à l’obsolescence programmée et son Observatoire

  • Le plan stratégique 2020 d’INRIA mentionne les enjeux liés à l’empreinte écologique du numérique, et plus largement l’apport du numérique aux questions environnementales

  • La démarche “Connecteur recherche Transitions²” portée par Inria, l’ADEME, l’Iddri et la Fing de a produit de nombreuses pistes de recherche relatives au Green IT et à l’IT for Green

  • Le Community Group “Web We Can Afford”, initié par Alexandre Monin et soutenu par le W3C

  • Le projet « Lean ICT » du Shift Project qui vise à mener une réflexion sur les pratiques et actions permettant de limiter les impacts environnementaux directs et indirects du Numérique

  • Les scénarios prospectifs et pistes d’action proposées par la Fing et le CIGREF issus du Cahier d’exploration “Ecology by Design” (2016) pour mettre l’informatique au services de modèles du partage, de la mutualisation, de la dématérialisation… Certains de ces pistes où le numérique est mis au service de stratégies plus vertes ont été traduites en récits prospectifs lors de la conférence AMI-Fest à Aix-en-Provence en 2015 :

  • Les colloques et publications du GDS EcoInfo

  • Le cycle de France Stratégie sur "L'impact environnemental du numérique"

  • Les conférences internationales ICT4S (ICT for Sustainability)

  • Le cycle de prospective Questions Numériques 2019 de la Fing sur le défi : “Vers un numérique frugal, capacitant et d’intérêt général”

  • L’appel de Greenpeace : “Il est temps de renouveler l’internet”

  • L’initiative “Web we can afford” , une “communauté internationale qui développe des standards ouverts qui favoriseront le fonctionnement du Web à long terme”, appuyé par le W3C

 

Des actions collectives à engager ou poursuivre, proposées par la communauté Transitions²

Le Livre Blanc “Numérique et environnement” produit par l’Iddri, la Fing, WWF France et GreenIT.fr a livré un certain nombre de recommandations destinés aux acteurs publics : rendre obligatoire l’écoconception des sites web et services en ligne publics pour les entreprises à gros CA, des mesures incitatives sur la réparation et le ré-emploi, allongement de la garantie des équipements numériques…

La communauté Transitions² a exprimé des directions d'action collective qui s’adressent directement aux acteurs de l’industrie et aux grands utilisateurs du numérique :

  • Des questions de recherche et de d’innovation, voire de prospective, pouvant donner lieu à des projets collaboratifs :

    • Les feuilles de route de l'industrie numérique (par exemple en matière d'”Internet des objets”) sont-elles compatibles avec les ressources en énergie et métaux de la planète, ainsi qu'avec les engagements climatiques ?

    • Quels effets rebond des systèmes décentralisés ?

    • Quels nouveaux effets rebond du numérique (capteurs, box, pinces, appareils domotique, Blockchain…) )et comment en rendre compte ?

    • Qu’est-ce qu’un Numérique frugal ? Des "Hight tech frugales" sont-elles envisageables ? Que seraient leurs indicateurs de performance (des "Indicateurs de développement humain du numérique" ?) ? La lutte contre l'obsolescence programmée, la frugalité, le Low Tech doivent trouver leur place dans les nouveaux modèles et imaginaires et produire de la connaissance actionnable

    • A quoi ressembleront les systèmes d'information des organisations dans un monde où le changement climatique et la pénurie de ressources seront devenus des réalités quotidiennes ?

    • La "transition numérique" des organisations est-elle compatible avec le "green IT" (et si oui, sous quelles conditions) ?

 

  • Des actions collectives qui concerneraient les organisations et leurs systèmes d'information :

    • Définir une méthodologie commune d’évaluation des démarche Green IT des organisations en s’appuyant sur les travaux existants des acteurs de terrain (proposition issue du Livre Blanc "Numérique et environnement")

    • Un travail collectif de différents acteurs publics pour mesurer leur propre empreinte des sites web et systèmes d’information publics

    • Une invitation à aller un cran plus loin dans le rôle du numérique au service de modèles “radicalement” plus responsables, dans la lignée du travail initié dans “Ecology by Design”. Les systèmes informatiques doivent en tout cas réaliser leur force transformatrice pour les modèles de demain !

 

Ressources :


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