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Comprendre l' "Innovation Facteur 4" (3/4) : caractériser un projet "Facteur 4"

Produit éditorial
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3e billet sur les relations entre innovation et écologie : les frontières de l'innovation Facteur 4 ?

Comprendre l' "Innovation Facteur 4" (3/4) : caractériser un projet "Facteur 4"

Résumons-nous maintenant en nous plaçant dans la position d’un investisseur ou d’un évaluateur qui doit décider s’il doit financer (ou soutenir d’une autre manière) un projet qui se réclame de l’Innovation Facteur 4 : comment l’analyser ? Quels critères appliquer ? Quels outils mobiliser ?

  • Chercher à caractériser si un projet relève bien de notre "sphère Innovation Facteur 4" (voir précédent billet) revient à se poser deux séries de questions :
     
  • Des questions sur l’innovation et l’impact visé :
  1. Le projet est-il innovant et si oui, en quoi ?
  2. L’impact écologique potentiel du projet est-il de type “facteur 4” ?
  • Des questions relatives à la capacité du projet à réussir et à exprimer son potentiel économique ET écologique :
  1. A-t-on des raisons de croire en la réussite du projet et de l’équipe qui le porte ?
  2. La promesse d’impact peut-elle effectivement se réaliser ?

Le présent billet se propose de détailler le point 1 : le projet est-il un projet d’innovation Facteur 4 ?

***

Commençons par ne pas réinventer ce qui n’en a pas besoin. Le référentiel “Innovation Nouvelle Génération” de Bpifrance(qui présente en outre l’intérêt d’être public) fournit une bonne base pour répondre à la première question. Et tous les investisseurs disposent de méthodes formelles et informelles pour évaluer le potentiel de succès d’un projet. C’est donc sur l’impact écologique qu’il s’agit de se doter d’outils d’analyse nouveaux, là encore en s’appuyant le plus possible sur l’existant.

 

1- Le projet est-il innovant et si oui, en quoi ?

En synthèse, le référentiel “Innovation Nouvelle Génération” de Bpifrance se focalise sur deux questions simples :

  1. Qu'est-ce le projet apporte de neuf à ses clients, utilisateurs et bénéficiaires ?
  2. En quoi le projet peut-il différencier l'entreprise de sa concurrence ?

Pour qualifier la réponse à ces deux questions, mais aussi pour comprendre les besoins des innovateurs, le référentiel permet alors de spécifier le caractère innovant du projet au regard de la nature de l’innovation et de son intensité.

 

La typologie de l'innovation

L'intensité de l'innovation

Le projet peut innover dans une ou plusieurs des catégories suivantes :
 

  • Innovation de produit, de service ou d'usage : améliore les produits/services existants ou en introduit de nouveaux.
  • Innovation de procédé ou d'organisation : change la manière dont l'entreprise organise son travail et ses chaînes d'approvisionnement
  • Innovation marketing et commerciale : change la présentation, la distribution, la tarification,  la promotion…
  • Innovation de "modèle d'affaires" : réorganise la structure des revenus et des coûts.
  • Innovation technologique : crée ou intègre une ou plusieurs nouvelle(s) technologie(s).
  • Innovation sociale : répond à des besoins sociaux, tant dans ses buts que ses modalités.

Celle-ci se situe sur une échelle entre deux pôles : l'innovation "incrémentale" d'un côté, l'innovation "radicale" de l'autre :

  • Innovation incrémentale : améliore l'existant, contribue à la compétitivité et/ou la rentabilité de l'entreprise sans apporter de transformation significative.
    Exemple : l'aspirateur sans sac.

 

  • Innovation radicale (ou "de rupture") : crée un nouveau marché, ou bien transforme en profondeur un ou plusieurs marché(s). Il y a un "avant" et un "après", pas seulement pour l'entreprise, mais aussi pour ses concurrents.

      Exemple : l'iPhone combiné avec l'Appstore

 

L’intensité de l’innovation pourra ainsi être évaluée en la mesurant sous l’angle des différentes typologies décrites et sur une échelle de 0 (pas innovant) à 4 (innovation radicale/de rupture).

 

  Référentiel Fing bpifrance

 

2- L'impact écologique du projet est-il de type "Facteur 4" ?

Nous proposons d’analyser l’impact écologique potentiel du projet à partir de trois ensembles de critères :

  • Les leviers de transformation écologique : quelle est la nature et l’importance des impacts visés ?
  • La profondeur et la largeur des impacts

Les leviers de transformation écologique

 

Nous avons identifié 6 leviers possibles, que chaque projet peut ou non mobiliser.

Quelques recommandations de lecture néanmoins.


Ce travail est encore est encore en construction : n'hésitez pas à critiquer cette "typologie", ou nous indiquer un levier manquant !!
Par ailleurs, la recherche des référentiels existants (qui complèteront la grille) feront l’objet de travaux ultérieurs du projet. Là également, nous sommes preneurs de sources et de liens !
 

Levier

Définition

Unité(s) de mesure

Méthodes de référence (le cas échéant)

Substitution

Substituer des ressources renouvelables et non polluantes à des ressources non renouvelables et/ou polluantes.

Taux de substitution

A identifier

 

 

Efficience

Faire beaucoup plus avec moins de ressources ; faire autant avec beaucoup moins.

Input/Output
(sur l’ensemble du cycle de vie)

A identifier

 

 

 

Circularité

Réparation, Réemploi, Réutilisation, Recyclage : zéro déchet, zéro déchet non valorisé. Ce levier inclut la désobsolescence (augmenter très significativement la durée de vie d'un objet, d'un produit)

A identifier

A identifier

 

 

Dématérialisation

Satisfaire les mêmes besoins à l'aide de dispositifs immatériels ou de services, plutôt que de produits physiques.

A identifier

A identifier

 

 

Partage et mutualisation

Partager les ressources matérielles (lieux, objets, machines, infrastructures…) entre un beaucoup plus grand nombre d'utilisateurs ou d'usages.

Taux d’utilisation

A identifier

 

 

 

Déconsommation

Remplacer une consommation de produit ou service par rien (sobriété) ou par une pratique ne relevant pas de la consommation (ex. prévenir plutôt que guérir, fabriquer quelque chose soi-même...)

Réduction des volumes

A identifier

Comment utiliser ces leviers ?

Un “levier” ne sera évalué que s’il figure parmi les objectifs explicitement poursuivis par le projet (même si les mots utilisés peuvent différer). Comme dans la typologie de l’innovation décrite au paragraphe précédent, l’objectif est de caractériser le projet, pas de s’assurer qu’il “coche toutes les cases” : un projet qui produit un impact majeur sur un seul levier peut s’avérer bien plus transformateur qu’un autre qui aurait un impact mineur sur l’ensemble des critères.

 

La largeur et la profondeur de l’impact


Nous proposons de regarder un projet en fonction de deux axes :

>>> Un axe prioritaire “impact profond / impact large”, pour étalonner un projet en fonction de son impact :

> Profondeur : zéro quelque chose, 75 % de plus ou de moins quelque chose, x 4 ou x 10 ou plus ;

> Largeur : à l’échelle d’un secteur, d’un territoire, d’un pays, du monde…

>>> Un axe secondaire “projet dépendant / projet robuste”, pour préciser le “potentiel Facteur 4”d’une innovation

> Dépendance : le projet peut-il produire ses effets de manière autonome, ou dépend-il de conditions externes (ex : déploiement d’infrastructures au préalable, réglementation favorable, innovations complémentaires, plate-formes…)

> Robustesse : l’empreinte écologique du projet d’un côté, et les effets rebond directs, indirects et systémiques de l’autre

Image : Qurrent, un fournisseur d'énergie néerlandais qui favorise d'abord l'échange local d'énergies entre ses clients et l'équilibrage de la charge, jusqu'à proposer une tarification forfaitaire, indépendante de la consommation, qui l'invite lui-même à vendre le moins de Kwh possibles !

 

Illustrons cela à partir de quelques exemples, “cartographiés” sur les dimensions “prioritaires” (Profond / Large), puis “secondaires” (Dépendant / Robuste).

 

Les axes prioritaires : profondeur / largeur
 

IF4_Axes primaires

Les “frontières” ainsi dessinées, nous inviteraient par exemple à ne pas considérer :

      Des projets la profondeur et/ou la largeur (et/ou la combinaison entre “largeur” et “profondeur”) de l’impact serait trop faible
Ex : une innovation technique insérée dans une chaîne de valeur qui, elle, n’a pas pour préoccupation de changer de modèle ou de “délivrer” l’impact jusqu’au client

      Les technologies qui ne sont pas sur le marché, puisque par définition l’impact est nul en “largeur”

 

Les axes secondaires : dépendance / robustesse

IF4_Axes secondaires

 

Ici, ces “frontières” ainsi établies nous invitent à évaluer plus finement le degré de dépendance d’un projet (les contraintes externes sans lesquelles il ne pourra pas réaliser sa promesse) et sa robustesse aux effets rebond - sans quoi les gains seront redépensés dans d’autres activités génératrice d’empreinte.

À quoi pourrait ressembler une évaluation de projets, au regard à la fois des leviers et des axes d'analyse ?

L’évaluation se fait en attribuant une note de 0 (aucun impact envisagé) à 4 (impact “radical”), sur la base de deux critères :

  • La profondeur de l’impact : le degré de transformation qu’il opère par-rapport à une situation de référence (exemple : réduire de 98% la consommation d’eau au robinet, remplacer toutes les sources d’énergie par des énergies renouvelables)
  • La largeur de l’impact : l’échelle à laquelle l’impact projeté se ferait sentir (exemple : une entreprise, un secteur, un territoire, le monde…)

 

Levier

Mesure

Profondeur de l’impact potentiel
(0 : nul à 4 : radical)

Largeur de l’impact potentiel

(0 : nulle à 4 : le monde)

Substitution

 

 

 

Efficience

 

 

 

Circularité

 

 

 

Dématérialisation

 

 

 

Partage et mutualisation

 

 

 

Déconsommation

 

 

 

 

Une note “de synthèse” pourrait être calculée en combinant les deux critères, sous une forme (à définir !) qui ne serait pas exactement une moyenne : la profondeur pourrait être privilégiée, notamment lorsqu’elle s’approche du niveau “radical”. Par exemple, l’embout de robinet Nozzle, qui réduit la consommation d’eau de 98%, a un impact très profond (4) sur un domaine étroit (1-2), mais ressortit clairement à l’innovation Facteur 4.

Radar inpact IF4

Il sera également important de savoir si, au-delà de se fixer des objectifs en termes d’impact, les projets les ont chiffrés et se sont dotés de moyens crédibles d’en mesurer l’atteinte. L’absence de mesure peut indiquer que les porteurs prennent l’objectif moins au sérieux qu’ils ne l’affirment.

Nous venons de proposer une première analyse de la "nature Facteur 4" d'un projet.

Reste ensuite à qualifier sa faisabilité , c'est à dire : si l'on croit à la promesse du projet, croit-on pour autant dans sa faisabilité effective ainsi que la capacité de ses initiateurs à le mener à bout ?

Ce sera l'objet du dernier billet de cette série.



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